Mais qui ?

en vrac




Il se tua d'ardeur, ou mourut de paresse.
S'il vit, c'est oar oubli ; voici ce qu'il laisse :

- son seul regret fut de ne pas être sa maîtresse. -

Il ne naquit par aucun bout,
Fut toujours poussé vent-de-bout
Et fut un arlequin-ragoût
Mélange adultère de tout.

Du
je ne sais quoi. - Mais ne sachant où ;
De l'or - mais avec pas le sou ;
Des nerfs, - sans nerf. Vigueur sans force ;
De l'élan, - avec une entorse ;
De l'âme, - et pas de violon ;
De l'amour, - maisp ire étalon.
- Trop de noms pour avoir un nom. -

Coureur d'idéal, - sans idée ;
Rime riche, - jamais rimée ;
Sans avoir été, - revenu ;
Se retrouvant partout perdu.

[...]

Coloriste enragé, - mais blème;
Incompris... - surtout de lui-même;
Il pleura, chanta juste faux ;
 - Et fut un défaut sans déf auts.

Ne fut
quelqu'un ni quelque chose
Son naturel était la
pose.
Pas poseur, - posant pour
l'unique ;
Trop naïf, étant trop cynique;
Ne croyant à rien, croyant tout.
- Son goût était dans le dégoût.

Trop cru, - parce qu'il fut trop cuit,
Ressemblant à rien moins qu'à lui,
Il s'amusa de son ennui,
Jusqu'à s'en réveiller la nuit.
Flâneur au large, - à la dérive,
Epave qui jamais n'arrive...

Trop
Soi pour se pouvoir souffrir,
L'esprit à sec et la tête ivre,
Fini, mais ne sachant finir,
Il mourut en s'attendant vivre
Et vécut, s'attendant mourir.

Ci-gît, - coeur sans coeur, mal planté,
Trop réussi, - comme raté.

                      T. Corbière, Epitaphe

Recherche

Samedi 17 février 2007

 

                               Pour commencer, on ressort les vieilleries :



"Comme souvent, je suis recluse au fond d’un café familier, en train de me déchirer pour savoir si oui ou non je peux écrire que Baudelaire témoigne de la compassion à ces pauvres hères misérables qui se traînent dans sa ville comme dans la mienne, en lesquels il semblait se reconnaître et moi pas. Ca fait longtemps que je n’ai pas écrit, mon inspiration s’est plus ou moins mise en veilleuse en ces temps pénibles et troublés, je navigue entre la peur de la répétition et l’angoisse de la page blanche, sans trop me regarder en face. Ces jours ci je me sentais vide, même mon orgueil avait baissé d’un ton, comme si une neige épaisse et silencieuse avait tout recouvert ; et plutôt que d’y faire de grosses traces sales, j’avais préféré la laisser triste et immaculée. Oui mais voilà.

 

Un homme d’une quarantaine d’années, le cheveu mi-long et la barbe de trois jours, s’est mis à la table d’à-côté. Avec son vieux pull en laine, ses petites lunettes et ses longs cils qui lui donnent un air doux, son allure hésite entre l’ancien soixante-huitard, l’intellectuel de gauche, et l’écrivain paisible. Je suis vite fixée : il sort un stylo, un bloc, et il se met à écrire, l’enculé. Sous mon nez, de grandes feuilles toutes blanches, le stylo hésitant, presque douloureux, le nez en l’air dans la posture de l’artiste qui attend l’inspiration… Bordel, un écrivain, un vrai, enfin, un qui a tout pour faire l’écrivain et qui vient ostensiblement travailler à côté de moi, en plein jour de cafard. Ah, le chien.

Irrésistiblement, mon travail perd tout son intérêt, je me retrouve frustrée, exaspérée par mon manque artistique, ma belle image de fille qui écrit sans avoir jamais osé s’auto proclamer artiste commence à grincer, à grogner, je me sens vide et plate, j’approche même l’impression de n’être plus rien. Alors je décide de faire un texte dans l’eau, mi par effusion narcissique, pour me prouver que je peux encore endosser ce vieux rôle que j’affectionne, mi par pur plaisir, parce que c’est le seul moyen que j’ai gardé pour renouer avec moi. Alors moi aussi, mes lunettes, mon stylo et mes feuilles à petits carreaux, on joue à l’écrivain.

 

 

J’ai toujours regardé ceux que je prenais pour des artistes avec des yeux admiratifs et envieux, j’ai toujours eu envie de partager quelque chose avec eux, mais ne sachant pas quoi, je suis toujours restée frustrée ; artiste inaccomplie qui gronde en sourdine pour japper quelques fois. Alors j’ai toujours écrit pour me montrer qui j’étais, un peu comme on vide ses ordures pour y rechercher un bijoux qu’on y a perdu. Car hormis se libérer un peu et peser moins lourd, c’est aussi le besoin de se voir brille un peu pour soi même, se regarder le nombril et éprouver cette sensation amère du reniement, puis de la disparition du soi qu’on croyait avoir juste accepté. Tout ce que je suis n’est rien, chaque affiche sur mes murs intérieurs me le rappelle en souriant et me réduit à ma petite angoisse d’impuissance, le doute de savoir si j’en feria une de plus. Et peut être même une main tendue vers l’extérieur, comme un enfant vers sa mère."

 

 

 

-         Texte dans l’eau –

Scène de la vie étudiante

Février 2003.


           Dans le fond, tout vient de là.
Par Zajoke - Publié dans : zajoke
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