en vrac
Il se tua d'ardeur, ou mourut de paresse.
S'il vit, c'est oar oubli ; voici ce qu'il laisse :
- son seul regret fut de ne pas être sa maîtresse. -
Il ne naquit par aucun bout,
Fut toujours poussé vent-de-bout
Et fut un arlequin-ragoût
Mélange adultère de tout.
Du je ne sais quoi. - Mais ne sachant où ;
De l'or - mais avec pas le sou ;
Des nerfs, - sans nerf. Vigueur sans force ;
De l'élan, - avec une entorse ;
De l'âme, - et pas de violon ;
De l'amour, - maisp ire étalon.
- Trop de noms pour avoir un nom. -
Coureur d'idéal, - sans idée ;
Rime riche, - jamais rimée ;
Sans avoir été, - revenu ;
Se retrouvant partout perdu.
[...]
Coloriste enragé, - mais blème;
Incompris... - surtout de lui-même;
Il pleura, chanta juste faux ;
- Et fut un défaut sans déf auts.
Ne fut quelqu'un ni quelque chose
Son naturel était la pose.
Pas poseur, - posant pour l'unique ;
Trop naïf, étant trop cynique;
Ne croyant à rien, croyant tout.
- Son goût était dans le dégoût.
Trop cru, - parce qu'il fut trop cuit,
Ressemblant à rien moins qu'à lui,
Il s'amusa de son ennui,
Jusqu'à s'en réveiller la nuit.
Flâneur au large, - à la dérive,
Epave qui jamais n'arrive...
Trop Soi pour se pouvoir souffrir,
L'esprit à sec et la tête ivre,
Fini, mais ne sachant finir,
Il mourut en s'attendant vivre
Et vécut, s'attendant mourir.
Ci-gît, - coeur sans coeur, mal planté,
Trop réussi, - comme raté.
T. Corbière, Epitaphe
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